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Faire Nation

Emmanuel Macron compte sur les Français "pour faire Nation"discours du 12/03/2020

Faire Nation c'est posséder ce supplément d’âme que confère le sentiment d’être soudés par quelque chose qui dépasse chacun d’entre nous.

Ces moments sont rares ou il n'y a plus ni Noirs ni Blancs, ni catholiques ni athées ni juif ni musulmans, ni patrons ni ouvriers, ni bobos ni issus des quartiers populaires, mais tout simplement les Français. On a pu assister à quelques-uns de ces moments de grâce ces dernières années, quand l'équipe de France de football a remporté la coupe du monde, mais également lors des manifestations pour faire barrage à la barbarie après les attentats.

Parmi toutes les identités à la mode (et il y en a), l’identité nationale ne demeure-t-elle pas la seule accessible à tous et capable de faire du commun ? La seule capable de s’élever au-dessus des communautarismes sexuels, ethniques, religieux et raciaux ?

Malheureusement comment Faire Nation quand on choisit les moments d'hommage ou de fêtes pour recréer du commun et que la politique au jour le jour conduit souvent à l'inverse ?

Définition de la protection de l'enfance

La loi du 14 mars 2016, puisant dans les valeurs la convention des droits de l'enfant, propose un changement de paradigme en affirmant d'une part la nécessité de centrer les interventions sur l'enfant, et d'autre part le rôle de l'État dans la protection des enfants les plus vulnérables.

La ratification par la France, le 2 septembre 1990, de la convention des droits de l'enfant, en particulier son article 19, a institué la nécessaire prise en compte, par les institutions et l'ensemble des citoyens, du droit de l'enfant à être protégé de toute forme de maltraitances. Au-delà des enfants maltraités, la protection de l'enfance concerne les mineurs en danger ou en risque de l'être.

La loi du 14 mars 2016 propose, dès l'article premier, une nouvelle définition de la protection de l'enfant, centrée sur la prise en compte des besoins de l'enfant.

L'article L112-3 du Code de l'action sociale et des familles précise que :

"La protection de l'enfance vise à garantir la prise en compte des besoins fondamentaux de l'enfant, à soutenir son développement physique, affectif, intellectuel et social et à préserver sa santé, sa sécurité, sa moralité et son éducation, dans le respect de ses droits. Elle comprend des actions de prévention en faveur de l'enfant et de ses parents, l'organisation du repérage et du traitement des situations de danger ou de risque de danger pour l'enfant ainsi que les décisions administratives et judiciaires prises pour sa protection. Une permanence téléphonique est assurée au sein des services compétents.

Les modalités de mise en oeuvre de ces décisions doivent être adaptées à chaque situation et objectivées par des visites impératives au sein des lieux de vie de l'enfant, en sa présence, et s'appuyer sur les ressources de la famille et l'environnement de l'enfant. Elles impliquent la prise en compte des difficultés auxquelles les parents peuvent être confrontés dans l'exercice de leurs responsabilités éducatives et la mise en oeuvre d'actions de soutien adaptées en assurant, le cas échéant, une prise en charge partielle ou totale de l'enfant. Dans tous les cas, l'enfant est associé aux décisions qui le concernent selon son degré de maturité."

Qu'en est il en ces temps de crise sanitaire ?

Adrien Taquet a déclaré le 29 janvier 2019 : "la protection de l'enfance est un angle mort de la République (...) Il y a beaucoup d'enfants que l'on protège et que l'on sauve. Mais il y a un certain nombre d’enfants pour qui la promesse républicaine n'est pas garantie".
Les mesures de protection touchent la vie de 340.000 enfants en France, dont plus de la moitié sont placés en institution, en familles d’accueil, ou en lieux de vie ainsi que celle de milliers d’éducateurs et travailleurs sociaux.


Qui fait quoi ? Qui est responsable de quoi ? La concertation avec les Départements, qui sont maîtres d’oeuvre de la politique de l’enfance sur le terrain est difficile, le nerf de la guerre (l'argent) semble en être la clef indépassable. L’État et les conseils départementaux se renvoient souvent la balle sur le sujet.
Comment offrir plus de sécurité aux enfants de l’Aide sociale à l’enfance ? C’est l’objectif que s'est fixé le gouvernement en présentant une "stratégie" pour la protection de l’enfance, très attendue des associations et professionnels de ce secteur en crise, souvent oublié.


La majorité des mesures annoncées est soumise à une contractualisation entre l’État et les départements, qui ont la compétence de la protection de l’enfance.
Pour Frédéric Bierry, président du Bas-Rhin et chargé des questions sociales à l'Assemblée des départements de France, cette contractualisation est "une bonne démarche, car elle prend en compte les difficultés et les problématiques différentes" selon les départements. Néanmoins, "l'effort n'est pas à la hauteur des besoins de cette politique", a-t-il réagi auprès de l'AFP, mettant en regard les 80 millions promis par le gouvernement aux 8 milliards d'euros consacrés chaque année à la protection de l'enfance.


Aujourd'hui, faute de décision politique nationale forte, les départements accompagnent de façon disparate les jeunes confiés et les personnels qui les ont en charge. En matière de protection, certains départements distribuent (depuis quelques jours) des masques chirurgicaux, d'autres des masques chirurgicaux plus du gel et quelques masques ffp2, d'autres rien du tout, pourquoi ? En vertu de quelle règle ? Certains sont vertueux et contactent régulièrement les structures et les familles d'accueil d'autres leur donnent un surcroît de travail en exigeant qu'ils remplissent des tableaux de données actualisées hebdomadairement, d'autres enfin sont aux « abonnés absents ».... Alors, en protection de l'enfance, « faire Nation » va être un exercice compliqué si la règle censément commune n'existe pas.


Pour ce qui est de l'éducation Nationale, la continuité est basée sur l'usage de l'informatique et de l'internet, quel autre choix ? Cependant, outre le fait que toutes les familles, toutes les structures d'accueil ne disposent pas de matériel informatique pouvant être mis à disposition des enfants, l'accès au réseau est très inégal. Les zones rurales restent encore les grandes oubliées d'Internet. Par ailleurs, les débits réels moyens constatés dans les très grandes villes peuvent eux aussi s'avérer bien éloignés de ceux promis. Au total, l'UFC-Que Choisir estime que 10,1% de la population, soit 6,8 millions de personnes, sont privées d'un accès de qualité minimale à Internet, c'est-à-dire plus de 3 Mbits par seconde. Le "bon haut débit" reste pour sa part inaccessible à 19,1% de la population. Soit l'équivalent de 12,8 millions de consommateurs. La encore, "faire Nation" va être difficile.
Je ne parle même pas de l'incapacité de certains accompagnants à aider les jeunes dans leur travail quotidien, faute de temps, de compétences spécifiques, ou de décodeur du langage parfois abscons employé par certains enseignants.

 

Et les Lieux de Vie dans tout ça ?

Je suis le président de la Fédération Nationale des Lieux de Vie, un microbe dans la protection de l'enfance. Les LVA sont des petites structures privées, des "artisans du social", qui facturent leurs prises en charges comme toute entreprise facture ses prestations (à la différence d’être subventionnés) en restant maîtres de leur gestion, mais responsables. Selon la DREES, le nombre de LVA est passé, entre 2008 et 2012, de 384 (Mainaut, 2012)à 451 (Piquet, 2016). Ils accueillaient fin 2017 4 382 enfants selon l’enquête Aide sociale contre 2 800 places recensées fin 2012. Les LVA se caractérisent par un accueil de jeunes aux difficultés multiples (pour 71 % d’entre eux) et de jeunes déscolarisés (69 %) (Mainaut,2012). Les LVA semblent identifiés comme une solution lorsque les autres possibilités d’accueil ont été épuisées (Minart, 2013), ou pour des séjours dits de "rupture".


Les LVA sont une solution, où les jeunes que nous accueillons se sentent reconnus, apaisés, stabilisés et se sentent mieux pour préparer leur avenir. Les LVA enfin sont des structures ou l’émotionnel prime sur l’institutionnel.
"Le travail de permanent de LVA n’est pas un travail social classique : il n’est pas facilement repérable en termes d’échelle de salaire, de temps de travail, de place « fonctionnelle ». Il obéit à plusieurs registres dont le professionnel n’est qu’un parmi d’autres. La compétence est celle du terrain et de l’expérience et non celle des représentations sociales habituelles du savoir et du pouvoir. L’attention majeure des permanents se porte sur le lien avec les personnes accueillies, avec ses différents registres, particulièrement celui de l’affectivité, et sur le long cours. Il n’entre pas dans la logique du salariat éducatif et de la RTT !"
Alain Souchay.
Projet professionnel, projet personnel, l'imbrication des deux est tellement ténue qu'il ne peut s'agir que d'un engagement profond des personnes dans leur globalité. C'est cet engagement qui constitue la qualité originale essentielle des Lieux de Vie, les jeunes que nous accueillons ne s'y trompent pas, les services qui font appel à nous le savent quand à eux parfaitement.


Si nos petites structures ne sont pas celles qui rencontrent aujourd'hui le plus de difficultés, ce n'est pas le fruit du hasard. C'est l'heure de l'engagement, de la débrouille, du bricolage, nous savons faire, c'est même notre ADN, c'est donc un peu notre heure. Notre autonomie de gestion nous permet souplesse et réactivité, en matière de ressources humaines notamment. Nous sommes très majoritairement implantés en zones rurales et jouissons généralement d'un cadre de vie agréable fort appréciable en période de confinement.
La plupart des jeunes que nous accueillons le disent, particulièrement en ce moment : "On est mieux ici qu'ailleurs". Certains même ne sont pas si pressés que le confinement prenne fin, on peut se demander pourquoi ? Il me semble que la réponse est à chercher dans la notion de tribu.
En effet quelle est la nature du lien commun à tous les habitants d'un LVA ? Ce lien n'est pas familial, il serait illusoire et même dangereux de le croire ou de le laisser croire, qualifions le de tribal ou clanique au sens de groupe social et culturel. Au sein de la tribu les règles sont communes à tous, les permanents sont les guides, l'autorité, les garants du respect de la règle commune. La notion de tribu s'oppose à celles d'étranger et de dispersion, elle implique une forme d'unité. “Dans une société où l’individu n’est pas reconnu, ce qui compte avant toute chose, c’est la tribu et le clan.” De Tahar Ben Jelloun / Le Monde -10 Avril 2003.


Dès que l’on vit à plusieurs, il est essentiel d’établir des règles de vie d’autant plus lorsque vous vivez avec des enfants car les règles contribuent à leur donner un cadre qui favorise leur bon développement et d’éviter les angoisses. Au sein de la famille, les règles sont en principe intériorisées, elles vont de soi, elles sont légitimes.
Au sein du LVA les règles ne vont pas de soi, leur intégration n'est pas spontanée. Elles doivent être écrites, non pas pour empêcher la transgression mais pour qu'à toute occasion, on puisse y faire référence. Les règles doivent surtout être communiquées, et explicitées aux enfants (tous les enfants). Il est en effet important de leur expliquer le sens de la règle pour qu’ils comprennent que cela n’est pas juste une contrainte mais une clé pour rendre possible le vivre ensemble. L’éducation des enfants doit passer par des règles relatives à l’heure du coucher, à l’hygiène, au respect des autres et à la politesse.


Certaines règles sont communes à toute la maisonnée (participer aux tâches ménagères, respecter les autres…) et d’autres, liées au devoir d'adulte nous incombent particulièrement : veiller à l’hygiène ou à la santé des plus jeunes...
Les règles du LVA ont pour objectif d'instaurer et de maintenir un climat harmonieux en son sein.
En ce sens le LVA est un embryon du "Faire Nation".


Ce que nous disent les jeunes, ce qu'ils repèrent très rapidement après être arrivés dans un LVA c'est la permanence de l'attention. Ils en font une différence majeure avec ce qu'ils ont connu jusque là que ce soit en famille ou en institution. C'est cette permanence, cet engagement qui font la plus-value de nos LVA, cette continuité de l'accompagnement qui permet l'attachement et la reconstruction de l'individu pour ensuite l'amener vers la résilience.

 

Les Lieux de Vie et d’Accueil se sont distingués historiquement par plusieurs particularités qui leurdonnent une place à part dans le champ social :

- accueil de la personne en souffrance et non d’un symptôme ou d'une pathologie,
- accueil de la personnes dans la vie quotidienne des accueillants,
- instauration de liens affectifs (aspect « thérapeutique » du vivre avec),
- accueil et soutien apporté à des personnes « border-line » ou impossibles à supporter dans des institutions classiques qui les qualifient "incasables",
- importance de la constance et d’une permanence de mêmes personnes accueillantes dans le temps.

Ces spécificités sont reconnues par les services concernés, chacun d'entre nous reçoit plus de demandes que sa capacité d'accueil.

Chaque Lieu de Vie est unique, il est le reflet de sa propre histoire, du projet que ses créateurs ont initié. Étant l'émanation d'une expérience singulière, le fonctionnement d'un Lieu de Vie n'est pas "modélisable". C'est cette singularité qui fait toute la richesse des lieux de vie et leur intérêt pour leurs utilisateurs. Les permanents de Lieux de Vie sont des individus qui ont choisi de vivre avec l'autre au quotidien et de façon permanente. Chaque lieu a donc un caractère induit qu’il s’agit d’estimer dans chaque indication de placement. Les projets de séjour sont individualisés et l’on cherche l’adéquation entre la personnalité d’un Lieu et la personnalité d’un accueilli et non pas la correspondance entre une catégorie diagnostique de trouble et une catégorie d’établissement.
C’est du cas par cas, où l’on recherche la possibilité d’une rencontre entre celui qui arrive et ceux qui sont déjà là.


Les acteurs des Lieux de Vie parlent davantage de démarche que de méthode pour exprimer cette souplesse, cette adaptabilité où chaque projet d’accueil se veut une nouvelle aventure relationnelle dont le chemin se fait en marchant.


Christian Borie

Président FNLV